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Qui en doute désormais ? Dans le climat de grande incertitude économique et financière accéléré par le retour de Trump aux affaires, le CFO n’a jamais été aussi indispensable au CEO. Mais à quel prix ?
Par Philippe Le Roux
Publié le 19 mars 2025
Un nouveau rôle stratégique passionnant mais pas sans risques
Le CFO a depuis longtemps dépassé les limites de la gestion financière et du reporting traditionnels. Au-delà de son rôle régalien de technicien du chiffre, sa capacité à factualiser
d’incessantes hypothèses business fait de lui, en amont, une partie prenante incontournable pour éclairer, voire initier, les nouvelles décisions stratégiques à prendre.
Parce qu’il dispose d’une vision transversale et globale des enjeux, réalisant le lien entre la stratégie et les opérations, il apparait plus que jamais comme un acteur central de la gouvernance opérationnelle. L’explosion des données internes et externes nécessaires à la création et la valorisation de la valeur produite de l’entreprise renforcent cette position.
Ce nouveau rôle l’amène à intervenir de manière croissante dans l’évolution du business model, dans l’appropriation des contraintes ESG et dans la mutation des métiers de l’entreprise.
C’est ainsi que son impact est de plus en plus visible. Que ce soit sur les politiques commerciales et les stratégies produits/services de l’entreprise : le CFO met en perspective les exigences de rentabilité et de consommation de cash avec les contraintes business. Ou encore sur le déploiement de vastes projets de transformation dans lequel, de fonction support, il devient progressivement leader du projet global.
De fait, au fil des années, aux côtés du CEO, le CFO joue un rôle essentiel dans le développement corporatif, la planification stratégique, la gestion de la performance et la transformation organisationnelle.
Mais ces évolutions du rôle du CFO, associées à l’extension de son périmètre originel, ne sont pas sans danger. Avec une position encore plus privilégiée et plus proche du pouvoir que jamais, la pression s’accroit aussi sur lui au sein du corps social. Et les risques aussi…
Un contexte opérationnel plus périlleux qu’il n’y paraît !
Par une méconnaissance des métiers et des interactions subtiles qui les relient, il risque de s’épuiser à convaincre. Par un comportement inapproprié, il peut générer de la résistance si son action, mal dosée, est jugée trop intrusive. Par un excès de prudence, il peut apparaître comme un frein aux initiatives et prises de risque des collaborateurs que, par ailleurs, la direction appelle de ses vœux.
Plus encore, il lui faut prendre la mesure des profondes métamorphoses qui affectent son organisation et de leurs conséquences. On l'a vu, le Covid a accélèré la mutation des modes de travail par la numérisation des processus ; le réalignement customer centric de tous les métiers n'est plus contesté par personne ; quant aux millennials, nourris de culture collaborative et averses à la verticalité du pouvoir, leur arrivée massive illustre magistralement la nécessaire (l’impérative ?) rénovation des postures managériales…
Des responsabilités nouvelles...
Endosser ce nouveau rôle transversal et stratégique réclame une proximité plus fine avec les managers opérationnels. Car on le pressent, au-delà d’exercer une maîtrise irréprochable des fondamentaux de la fonction financière, le CFO fédère désormais les énergies et fait travailler des équipes multi-compétentes dans une logique de gestion de projet.
Dans ce cadre, acquérir une connaissance plus approfondie de l’organisation et des unités opérationnelles devient indispensable.
En clair, le CFO devient un dirigeant polyvalent à la pointe de l’innovation sous toutes ses formes, maîtrisant les rouages techniques mais aussi les enjeux culturels et humains de la structure.
Des savoir-faire inédits à acquérir
Pour relever ces nouveaux défis, le CFO doit développer des compétences et une intelligence de la complexité auxquelles il n’est peut-être pas encore préparé. Cela exige un comportement d'écoute et d'ouverture, un "savoir-relier" des individus, des cultures, des connaissances, des compétences, des intuitions, des idées, des points de vue…
Cette évolution de son rôle est avant tout une posture, une tournure d’esprit. Davantage que des compétences techniques, le CFO va devoir renforcer des qualités managériales, de communication et d’empathie, de conviction et de pédagogie.
Dans un contexte où le contrôle est remplacé par la confiance, le pouvoir centralisé par la collégialité et la décentralisation, l’autorité repose désormais sur le leadership. Cela ne va pas de soi.
Un impératif inéluctable : la nécessité de développer son savoir-être
Accomplir un tel progrès est une exigence. La formation des CFO a un nouveau leadership plus en phase avec ces nouvelles réalités devient un challenge pour l’entreprise. Et pour lui-même, s'il en accepte l'augure.
Outre une plus grande maitrise des soft skills, il lui faudra prendre de la hauteur et de la distance sur le quotidien, s'ouvrir au monde extérieur, élargir sa culture générale et sa compréhension des enjeux planétaires pour nourrir sa vision, étalonner ses préoccupations et ses pratiques avec des pairs d'autres entreprises d'autres secteurs…
Dans ce cheminement nouveau mais passionnant, il découvrira l'importance d'afficher plus d’attitudes que d’aptitudes, plus de convictions que de certitudes, plus de savoir-être que de technique. Car c’est dans sa posture humaine que se fera la différence en matière d’impact, de performance et de reconnaissance.
Le CFO nouveau, un concentré de sage rationalité et d’intelligence culturelle, émotionnelle et humaine
Même si le modèle du XXe siècle du management efficace a connu un énorme succès et amené des avancées considérables, Peter Drucker, à la fin de sa vie, a prédit que le XXIe siècle serait celui du leadership.
Les problématiques de ce nouveau monde en émergence continueront d’être dominés par d’impressionnantes révolutions technologiques ; mais ils ne pourront être traités du seul point de vue technico-scientifique fait de process, de mises en conformité ou autres certifications toujours plus pointues.
Une autre voie se fait jour, qui révèle l'émergence d'une nouvelle génération de dirigeants. Leur distinction ? Une indéniable capacité à ouvrir le champ des possibles de l'ingéniosité et de la créativité humaines. Autrement dit, une obsession assumée à vouloir libérer le potentiel humain sous toutes ses formes, la "ressource naturelle" la plus importante de la planète.
Si le CFO ambitionne d’exercer pleinement les nouveaux contours de son métier, voire monter sur la première marche du podium, les exigences des temps présents soumis à l’automatisation et à l’incertitude croissante, réclament désormais l’Homme tout entier : un homme complet qui sait révéler son leadership naturel et réunir dans ses compétences l’intelligence, le cœur et l’imagination.
Philippe Le Roux, président-fondateur de Key People
Créateur du cercle Astrolabe des CFO de demain